Il y a quelques jours les manchettes rapportaient le cas d’une femme ayant survécu à une attaque de pitbull. Cela m’a ramené en tête la mort tragique de Christiane Vadnais, résidente du quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles, tuée par le pitbull de son voisin en 2016. Cette triste histoire s’inscrit dans une lignée de démêlés avec la gente canine dont Pointe-aux-Trembles a été témoin dans la dernière décennie car outre les pitbulls, ses rues sont parcourues par les coyotes. Bien que des signalements ont depuis été faits partout en ville, le quartier fut l’un des épicentres au point d’en être surnommé Pointe-aux-Coyotes; les secteurs rapportant le plus d’activité étant ceux du Parc linéaire de la Coulée-Groulx et du Parc-nature de la Pointe-aux-Prairies.
| Possibles excréments de coyotes trouvés dans un boisé près du Coin Camille-Laurin / Jules-Huot |
« … c’était un type qui était pas supposé faire de Pâques, et puis un jour il l’a poursuivi sur la forme d’un chien, qu’on m’avait dit. Il a poursuivi ben d’ses amis l’soir. Alors l’autre pour s’en débarrasser a pris son couteau, s’voyant attaqué par lui, a pris son couteau, pis il lui en donne un coup, pis immédiatement il a trouvé un homme devant lui, près d’lui, et puis il y a dit de pas n’en parler : « Je suis la victime du couteau » il a dit. Il l’avait délivré loup-garou, et y’a faite promesse de pas en parler jamais.
Ces deux homme-là sont v’nus quelques temps après, et puis la discussion s’est animée, surtout au sortir d’la grand’messe, à l’issue la grand’messe. Au portique de l’église de la Pointe-aux-Trembles, et puis un moment donné dans le plus fort de la mêlée, celui qui avait délivré notre homme, il lui arrache son collet, pis y lui montre une cicatrice au cou et dit… en disant aux gens :
« - Voyez l’polisson là, c’est moé qui l’a délivré du loup-garou, voyez encore la marque qu’il a, à son cou. »
Et de fait les gens avaient constaté une cicatrice et l’curé a vu le rassemblement. Alors il les a tous chassés tout d’suite. »
| Le témoigne date de 1956 mais la date des événement n'est pas précise. Voici le parvis de l'ancienne église avant lsa dispartion lors d'un incendie en 1937 |
| Parvis le nouvelle église construite après l'incendie, et toujours présente aujourd'hui. |
Dans ce témoignage, les grandes lignes des caractéristiques du loup-garou tel que décrit dans le folklore québécois sont bien relevées. Contrairement ou loup-garou anglo-saxon bien présent dans la culture populaire, il n’est pas question de pleine lune, de morsure ou même de loup! Au Québec, il faut avoir passé sept ans sans avoir fait ses Pâques (c’est-à-dire se confesser de ses péchés, communié et respecté les règles du Carêmes) pour être frappé par la malédiction. Un peu à l’instar de Lycaon qui dans la mythologie grecque fut changé en loup par Zeus après s’être attiré sa colère en lui offrant de la chair humaine comme repas, un homme qui ne respecte pas les règles divines et s’en éloigne se voit perdre son statut d’humain et est condamné à errer en tant que l'animal qu'il est réellement. Cette condamnation n’est cependant pas permanente. Il peut en être délivré par une simple effusion de sang, généralement à la tête; une entaille en croix sur le front semble être le meilleur endroit pour le salut de la bête. Par le sang il rachète ses péchés et peut reprendre le droit chemin, généralement la leçon bien apprise et la queue entre les jambes.
La forme animale dont le maudit est associé peut être un loup, mais au Québec elle se retrouve bien plus souvent à être un gros chien à la fourrure noire épaisse et avec de grands yeux brillants. Certains récits et témoignages font également mention de transformations en cheval, bœuf, chat et cochon. Est-ce que la personnalité du maudit ou ses péchés particuliers ont une influence sur la créature choisie? Difficile à dire. Parfois, l’appellation « loup-garou » regroupe également des êtres sous formes de boules de feu ou de vapeurs, indiquant qu’il est à considérer comme terme porte-manteau pour une grande variété d’apparitions, tout comme « esprit » et « démon » sont utilisés pour décrire toute une gamme de créatures légendaires.
Il faudrait donc peut-être
trouver un nom plus précis pour cette créature de notre folklore. Elle semble
plus proche de la Ganipote de France (aussi appelée Galipote).
Hantant les campagnes le soir, la ganipote peut se changer en une variété d’animal
et est condamnée à faire le tour de sept clochers de paroisses différentes afin
de reprendre sa forme humaine, et ce pendant sept ans. Pour éviter de faire
tout le trajet elle-même, elle saute souvent sur le dos de passants et y met
tout son poids jusqu’à ce qu’elle atteigne sa destination. C’est ce qu’on
appelle « courir la galipotte », expression bien présente au Québec signifiant
vagabonder et être volage, qui a perduré plus que son équivalent « courir
le loup-garou ».
On retrouve également une évolution de la même créature chez le rougarou de Louisiane. Les loups y étant rare, la créature prend diverses apparences, soit un chien ou bien même un alligator. Les légendes à son sujet font d’elle une créature plus agressive à l’appétit vorace, qui dans certains versions s’attaque particulièrement à ceux qui ne respectent pas le Carême! D’autres variantes intéressantes à mentionner ici seraient les nahuals et skin-walkers, issus du folklore des communautés autochtones du Mexique et du sud des États-Unis. Ces êtres sont généralement des sorciers qui grâce aux esprits développent la capacité de se changer en animaux. Les formes sont multiples mais une semble revenir plus souvent que les autres… le coyote. C’est à se demander si le loup-garou de jadis ne s’est pas adapté avec le temps. Peut-être certains pourraient y voir une corrélation entre une hausse de l’immigration sud-américaine dans le quartier de Pointe-aux-Trembles et la multiplication des apparitions de coyotes insaisissables…